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Extraits videos de la présentation du samedi 18 février 2006

Crédits photos et vidéos : Cie Incidents Mémorables



Résumé

Inspiré de la vie de Sakharov, le récit traite de la culpabilité d'un éminent savant qui a donné naissance au feu nucléaire et qui témoigne sur scène de ses tourments. Un homme qui a présidé ? l'élaboration d'une machine infernale et qui se pose en victime d'un système. Système dont il est un rouage. Sa pensée tortueuse et sinueuse, pensée ? voix haute qui s'élabore devant nous, a valeur de quête spirituelle. Elle interroge la responsabilité de la figure du savant et aussi ,dans une juste réciprocité, interroge la responsabilité de chacun face au progrès.

Principe scénographique en temps réel

Coordonner, articuler diffuser, spatialiser des sons et des medias qui procurent des sensations au spectateur mais qui dans un second temps permettent de diffracter, de projeter l'univers mental de Sakharov.
Les projections medias sont comme le relais d'une pensée robotique, éprise de mécanicité et de froideur, monde qui a secrèté la bombe atomique…, mais voil? que surgit un monde trouble, malin, perturbe cette belle mécanique : le monde des bacilles qui envahissent progressivement les media réflétant le monde mécanique.

L'équipe

Auteur :Jocelyn Le Creurer
Scénographie : Georges Gagneré
Vidéos : Alex Steidl
Jeu : Jean-jacques Mercier
Programmation MIRAGE : Pascal Baltazar
Régie vidéo : Juliette Baltazar
Régie son : Frédéric Bühl
Régie lumières : Dominique Diss & Mathias Steinlen
Régie plateau : Christian Terrade

Production : Cie Incidents Mémorables - La Filature - scène nationale de Mulhouse

Note de l'auteur, Jocelyn Le Creurer – 23/03/06

Rapport écriture mise en scène

Souvent, mes textes s’appuient sur des référents historiques : époque victorienne, ici époque de la guerre froide.
J’ai écrit Les illusions comme un poème, poème aux tonalités dramatiques.
Je me suis inspiré d’images fortes, saisissantes et fulgurantes, des images de l’ordre du déj? -vu, des images tramées, des images altérées par la mémoire et l’histoire : ici l’image d’une explosion nucléaire – figure centrale, autour de laquelle s’est élaboré tout un récit au passé et en adresse par rapport ? un public.
Je voulais les imploser et leur faire perdre leur qualité d’images, je voulais faire imploser en quelque sorte un cliché en l’opposant ? un autre, opposer images et sens, me laissant aller ? une construction de la musicalité, jouant avec la prosodie.
J’avais émis certaines hypothèses de mise en scène- postulats qui seraient plus justes, certaines intentions de jeu, mais tout demeurait ? la vérité assez flou.
Dans l’optique d’une future mise en scène pour un spectacle d’une heure, je visualisais certaines propositions de scénographie : dessins, schémas, petite maquette, certaines positions de l’acteur dans l’espace.
En outre, j’avais aussi élaboré un système multi-caméras qui se jouait ou plutôt que utilisait les données de la continuité télévisuelle, je crois qu’il y avait au bas mot pas moins de cinq caméras postées ? tous les angles de vue dont deux utilisant l’infrarouge.
Le premier travail de mise en scène a consisté ? lire LES ILLUSIONS, ? le répéter ? l’envi jusqu’? ce que des idées de mise en scène surgissent sous des formes d’associations libres.
Nous avons adopté cette méthode, quand il m’était difficile de trouver une fin acceptable et sensible ajouterai-je qui ne résonne pas comme un sermon ou comme le prêche d’un vieux pasteur, surtout après cette scène consacrée ? la catastrophe de Tchernobyl.
Le second travail de mise en scène, outre les adaptations nécessaires ? la scène, a consisté ? choisir les parties qui permettraient d’éclairer le public sur deux orientations possibles du texte : la partie 6 et la partie 7 se sont révélées intéressantes puisqu’elles autorisaient des projections puis ? questionner la dramaturgie : qu’est ce qui changeait de seconde en secondes ? Comment les choses évoluaient-elles ? Qu’est ce qui se passait ? Que voulait nous dire ou nous faire partager ce Sakharov au-del? des mots ? Etait-il cette victime ou au contraire était-il quelqu’un qui non seulement avait œuvré au délitement d’un régime, mais en plus s’était efforcé de tirer la couverture ? lui ?
Réunis ? deux ou a trois dans cette salle du petit studio de LA FILATURE, nous avons découpé le texte en phase de jeu, en phases dramatiques.
Souvent, il n’était pas si évident de savoir après coup ce que telle ou telle portion de texte sous-entendait , tant les évidences, les certitudes avaient été brouillées : jeu avec le sous-texte…
J’ai souvenir d’un moment d’arrêt où tous nous sommes demeurés longtemps perplexes devant ces phrases : « Obsolescence de la terreur
Obsolescence des sourires
Gravés sur les médailles des valeureux ouvriers
Obsolescence des statues qui gravaient dans l’airain un siècle fécond et les promesses d’un avenir meilleur ... »
Quelle époque désignaient ces phrases ?
Le sens semblait nous échapper, deux époques se confondaient en une seule.
Etait-ce la fin du communisme ? Ou la fin du régime de la terreur stalinienne ?
Et puis au fur et ? mesure, des questionnements, des angles de vue, des perspectives ont pu être prises par rapport ? ce que j'avais voulu dire,par rapport ? mes intentions, mais le poème - c'était peut-être l? sa force ou son secret résistait et en même temps offrait une niche permettant ? l'acteur de construire un peu son jeu, son dynamisme.
Plus tard, après de multiples lectures, nous avons fini par trouver des positions de jeu, des postures, l'une pour la partie 6 proposait ? l'acteur de jouer sur la fascination par rapport ? l'explosion nucléaire, l'autre au contraire, plus ambiguë, jouait sur le trouble que procure la prise de conscience par rapport ? cette fascination, une sorte de détachement étrange après cette froideur…
Nous avons cherché en nous, des émotions, des souvenirs qui se raccrochaient ? cette fascination régressive pour un objet de destruction…
Par exemple, j'avais souvenir de cette image d'un De Gaulle, fatigué, paterne, un peu bonasse chaussé d'épaisses lunettes noires de soudeur, dans un documentaire consacré aux explosions nucléaires de Mururoa, qui affichait un air béat et ravi, après s'être vu présenté les effets premiers de la bombe, ces gigantesques flamboiements sortis tout droits du néant.
Plus tard, s'est posé la question du choix de l'espace.
La salle modulable de la FILATURE par ses dimensions : 20 m d’ouverture et 11, 50m de profondeur était un espace immense.
Mon journal relate brièvement ces choix et ces questions d'espace motivé par la volonté de présenter trois textes différents dans trois configurations d'écrans très proches bien que dissemblables qui ont obligé les équipes ? des pauses entre les trois présentations publiques…
J'avoue avoir été beaucoup plus ? l'aise, dans le noir, sur le plateau, avec l'acteur que lors des séances de script réalisées entre la fin du mois de décembre et le mois de janvier.
Durant cette phase de préparation, mon défaut principal était de toujours chercher, mû par je ne sais quelle volonté, au plus compliqué, au plus abstrait, et je suis entré alors dans des phases de crise peut-être nécessaires et qui imposaient un dépassement.
Je ne voyais plus rien.
Je ne comprenais plus rien ? rien.
J'étais tétanisé.
Mais finalement, j'apprécie ses moments parce que c'est l? , quand le blocage cède que surgissent de belles idées.
Je crois me souvenir, que j'ai eu beaucoup de mal, en m'acharnant ? choisir un autre extrait du texte que je n'ai pas retenu,- partie 4 consacrée ? l’enfance de Sakharov, mais qui n'offrait pas de possibilité de projections d'images vidéos, qui n'offrait rien d'autre que la qualité visuelle et musicale des images que le texte recélait ou secrétait.
Oui je peux dire que j'ai eu un mal fou dans les premiers temps ? coordonner texte et vidéo.
J'avais l'impression de forcer les choses.
En revanche, je n'ai pas eu de difficultés pour choisir les sons adéquats, et les propositions et les discussions que j'ai pu avoir avec Fred ou Juliette ont été fructueuses, bien que j'aurais voulu "pousser plus loin le bouchon".
Mais le temps qui nous était imparti: ? peine une semaine, était si court…
Je suis venu par exemple avec mes bandes et mes pistes sonores déj? réalisées avec l'aide de François Porcher.
L'équipe : Pascale, Juliette, Fred, s'est interrogée sur la manière dont elle pouvait intervenir et modifier cette configuration ou cette proposition.
Dans le premier cas, on en était ? lancer une bande sonore ; travail qui ne paraissait pas approprié au travail sur les matières vidéos et sonore en temps réel, ni encore moins approprié ? ces questionnements du work-shop ( relation auteur et nouvelles technologies en temps réel).
Alors, elle a réalisé des sons en rapport avec mes intentions et pioché ça et l? dans les bandes sonores déj? réalisés et bien sûr, au fur et ? mesure des répétitions, les choses se sont considérablement affinées.
J'aurais voulu peut-être plus de sons de transitions mais étant donné que tout transitait par Mirage; chaque effet devait être prémédité, pensé et nécessitait de longues minutes de mise au point.
Si le temps imparti pour la résidence avait été plus long, peut-être trois semaines au lieu de deux… ce travail sonore aurait été plus affiné, mais ? la réflexion je suis sorti extrêmement satisfait du résultat accompli.
J'avais l? une part de l'objet que je voulais entendre ou voir réalisé.
J'ai souvenir du son d'hélicoptère spatialisé en début et en fin de la performance, qui est pour moi une réussite, avec l'atmosphère troublante et angoissante générée par la lecture robotique, désaffectée du texte.
J'aime bien aussi la musique du début du spectacle, qui contribue ? installer cette atmosphère angoissante.
Pour le choix des lumières, j'ai trouvé les propositions en concordance avec mes choix premiers.
Pour la vidéo, la situation était un peu plus complexe, et j'ai la sensation surtout dans la dernière partie que l'on a bombardé le spectateur d'images en boucle.
Etait-ce bien nécessaire ?
Je pense qu'il faudrait faire preuve d'un peu plus de modération tout en conservant ces projections vidéos en contrepoint qui nous éclairaient sur la personnalité de Sakharov et sur sa figure clivée entre mécanicité de la pensée, froideur, automatismes qui le confinent ? quelque chose de l’ordre du robotique.


L'a priori et le résultat final : comment ça a évolué ?

En premier lieu, je souhaitais travailler avec une équipe déj? choisie ? l’avance comme pour un spectacle, j’avais choisi un comédien pour sa voix, pour son timbre et j’avais même réalisé une petite maquette visible sur le site de Didascalie.
Je voulais travailler avec un type d’images qui ne correspondaient ni ? la réalité du plateau ni aux contraintes imposées par la scénographie composée de trois tulles.
J’avais visualisé des éléments un peu abstraits, j’imaginais certains types de projection mais qui ne se sont pas révélées concorder avec la dramaturgie et le plateau.
Je pense qu’au terme de cette expérience, mon appréhension du texte et du plateau est beaucoup plus affirmée : je sais désormais quel type de media et quelles factures octroient au spectateur un espace pour rêver sur la figure de cet apprenti sorcier nommé Sakharov.


Un point de vue nouveau sur le travail est-il apparu ?

C’est surtout dans le domaine de la vidéo que je voulais tester les medias qui « trouaient » l’espace scénographique, le dilataient ou au contraire montraient ce Sakharov retiré en lui-même, je voulais tenter de montrer l’autre pensée qui s’insinuait en Sakharov. J’ai désormais conscience des problématiques spatiales et de projection. J’ai appris aussi ? déléguer mes intentions ? une équipe et ? des spécialistes : l’art du dialogue…


Comment envisageriez vous la suite ?

Je veux contacter un scénographe pour questionner mes envies, voir ce qu’il est possible ou non de réaliser , qu’est ce que cela peut amener pour le spectateur ou encore pour l’acteur comme dynamisme de jeu.
Peut-on travailler sur l’aspect monumental, comme ces cages de 375 cm Par 250 cm que je souhaiterais voir réalisées.
Je veux mettre en scène la totalité du texte avec un nouvel acteur, (mais l’idée suggérée par Frank Laroze, ? savoir de le lire tout en étant dirigé pourrait ajouter un supplément d’âme et de contemporainéité….) dans le cadre d’un festival consacré ? la jeune scène.
Je veux réaliser des vidéos qui permettent de développer les nouvelles pistes posées lors de ce workshop : media translucide comme la peau des méduses, ou comme je ne sais quelle matière en suspension…


Statuts des images et des sons par rapport au texte

J’ai adopté la logique du contrepoint. Les images brisent la mécanicité de la parole et des postures. Les sons sont élaborés pour créer une atmosphère angoissante, relais de cette pensée de Sakharov clivée par le doute.


La place du comédien

Le comédien était volontairement enregistré au micro HF diffusé au début du spectacle, de même, il lisait son texte d’une voix froide et totalement désaffectée. Ses gestes étaient réduits au minimum, et sa posture le faisait ressembler ? un mannequin aux bras pantelants. Plus tard, bien sûr l’on entendait sa vraie voix et non plus sa voix enregistrée.
En outre, le comédien a du composer avec les medias projetés sur les cages, des suggestions de regard ? jardin et ? cour lui était adressé.


Est-ce que cette formule d'expérimentation vous semble intéressante et ? renouveler ?

Le wiki utilisé en tant que base documentaire est intéressant ? plusieurs points de vue : d’une part, il permet de communiquer ? tous les instants de la création avec les techniciens et le ou les dramaturges, et de visualiser les éléments fondamentaux des recherches d’autre part, il offre un nouvel espace de création, de divulgation des connaissances.
Je pense que le plus intéressant de cette expérience outre la vie collective durant 15 JOURS avec des créateurs expérimentés demeure cette sensation que j’ai eue de pouvoir ? chaque instant confronter ses points de vue, ses manières de penser, de voir des approches différentes, de se trouver en crise, de remettre en cause mes postulats de départ, bref de dépasser ces moments d’atermoiements et d’interrogation : il arrive ? un moment où l’on ne sait pas par quel bout aborder tel ou tel texte alors collectivement, on recherche des solutions.
J’ai vu deux spectacles qui m’ont étonné par la manière dont ils abordaient des problématiques ou des esthétiques différentes, des appréhensions du multimédia différentes elles aussi des miennes.
Fort de ces confrontations de point de vue, j’aborde désormais un nouveau projet d’écriture tout en menant de front le montage financier.


Comment envisageriez-vous la préparation d'un autre chantier d'expérimentation au vue du déroulement de celui-ci ?

Une semaine de plus n’aurait pas été mal mais j’ai aimé l’urgence dans laquelle nous avons travaillé, il y avait une sorte d’ivresse et d’excitation ? voir la deadline approcher.
Par contre, et c’est bien, même si les techniciens ont été mis ? rude épreuve, il ya eu un dépassement de nous-même dans chaque création : nous sommes allés au-del? de nos espérances : je devais réaliser un court extrait de 5mn et j’ai choisie deux parties développées sur 20 mn.
Satisfecit général.
Préparer un autre work-shop mais avec l’idée que l’on pourrait nous présenter une sorte de palette des effets possibles avec l’usage du temps réel, mais est ce bien nécessaire. Je suis sorti pleinement satisfait de ce workshop.