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Extraits videos de la présentation du samedi 18 février 2006

Crédits photos et vidéos : Cie Incidents Mémorables

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Résumé

Un homme vient de faire une attaque cérébrale qui le plonge dans un « locked-in syndrome ». (Ce syndrome a été décrit de « l’intérieur » par Jean Dominique Bauby dans son livre témoignage « Le scaphandre et le papillon ») Le patient est intégralement paralysé et ne peut même plus parler. Il subit donc complètement le monde extérieur. Sa seule liberté réside dans son monde intérieur où il peut encore vivre. Ce monde intérieur consiste en souvenirs de son passé mais aussi en cauchemars où des figures ressurgissent qui viennent lui demander des comptes, comme ce comptable qu’il a licencié et qui est devenu SDF. Il est alors tenté de refaire sa vie en imagination. Petit à petit un portrait de ce patient se dessine, déjà enfermé dans sa vie ordinaire alors qu’il manageait un cabinet de gestion de portefeuilles boursiers. Son angoisse ? présent : qu’on débranche le respirateur qui le maintient en vie.

Principe scénographique en temps réel

Le patient est séparé du monde, il est enfermé en lui même. La vidéo représente le monde médical extérieur (blouses blanches, visages de médecin) ou encore les décors dans lesquels se sont joués les épisodes de sa vie passée. Il essaie de communique avec ce monde mais il ne peut pas parler. Le comédien qui s’agite dans cet espace est une représentation de la conscience qui se heurte au bocal de son crâne.

L'équipe

>Auteur : Jean-jacques Mercier
>Scénographie : Georges Gagneré
>Vidéos : Alex Steidl
>Jeu : Francisco Gil et Jean-jacques Mercier
>Programmation MIRAGE : Pascal Baltazar
>Régie vidéo : Juliette Baltazar
>Régie son : Frédéric Bühl
>Régie lumières : Dominique Diss & Mathias Steinlen
>Régie plateau : Christian Terrade

Production : Cie Incidents Mémorables - La Filature - scène nationale de Mulhouse

Note de l'auteur, Jean-jacques Mercier - 24/03/06

> Rapport écriture mise en scène

La mise en scène étant une écriture qui se superpose à l’écriture du texte qu’on monte, il n’y a pas de différence fondamentale dans ce nouveau travail qui intègre la vidéo. Ces projections deviennent un outil de plus dans les mains du metteur en scène qui est chargé d’orchestrer tous ces éléments. Seulement la vidéo n’est pas un outil comme les autres (sons, lumières, scéno...) car elle amène une nouvelle image qui va entrer en concurrence avec l’image scénique ; une difficulté nouvelle apparaît donc pour le metteur en scène qui va devoir gérer ces deux univers, jouer de leur opposition ou de leur complémentarité, trouver un sens à ces projections, qu’elles soient produites par la vidéo, le cinéma ou la lanterne magique tout simplement.
La vidéo peut être un outil qui renouvelle la mise en scène de textes du répertoire et il y a toute une recherche à faire la dessus (je pense à une mise en scène de « La dispute » par Pitoiset, une mise en scène de « Jacques ou la soumission » par Ligeon-ligeonnet, deux exemples très réussis de l’introduction de la vidéo dans la mise en scène et qui venait enrichir le propos dramaturgique).
Si on écrit à priori un texte où l’on veut introduire la vidéo, il est évident que ce choix va avoir des répercussions au niveau de l’écriture. Il ne faut pas que le texte soit trop visuel (au plan de dénotation comme au plan de connotation) car alors la vidéo paraîtra de trop. Une des règles de base dans l’écriture théâtrale est qu’il ne faut pas écrire ce qui peut être joué par le comédien ; cette règle s’applique bien évidemment à la vidéo qui peut être un relais de jeu important, rendant le texte moins central. Je me suis rendu compte aussi qu’il ne faut pas écrire dans les dialogues ce qui peut n’être même que simplement suggéré par le jeu. Un des enjeux majeurs dans ce type de travail consiste à trouver le statut de ces images qui ne devraient pas être simplement illustratives ou décoratives (images mentales ? monde intérieur ? mémoire collective ? fantômes ? apparitions fantastiques ?..)
Entre l’a priori et le résultat final, il y a bien sûr de grosses différences comme dans n’importe quelle aventure artistique, la technique venant rajouter une couche de plus dans ces négociations entre le rêve et le réel. Le peu de temps dont on a disposé a été un facteur aggravant de plus. J’aurais aimé dans « Confrontations » aborder plus le rapport du jeu de l’acteur en scène avec le jeu d’acteur en vidéo mais on a manqué globalement de temps, moi plus particulièrement qui aie du m’absenter 3 jours pendant le workshop. J’ai retrouvé la lourdeur des mises au point, la fragilité de la technique, des capteurs plus spécialement, et ce type de travail demande énormément de temps en fait, avec les « techniciens » et les acteurs, exige aussi de disposer d’un vrai théâtre équipé… Lourdes contraintes, plus lourdes que dans un théâtre logo-centrique.
Comment envisager la suite ? Je ne sais pas. Il faut trouver de l’argent et cette recherche devient épuisante pour ne pas dire absurde. Alors oui, avec des moyens, je peux envisager de poursuivre cette recherche.


> Statuts des images et des sons par rapport au texte

Il est assez difficile de parler du statut des images et des sons par rapport au texte de manière générale. Chaque projet développe son propre langage, son propre type de rapport entre les différents éléments qui le constituent. Assez généralement, on peut dire que les images et les sons sont complémentaires du texte de l’acteur, prolongeant son propos, l’amplifiant ou venant l’infirmer, dans un rapport de résonance ou dans un rapport d’association libre plus poétique…
Pour le cinéma, il existe maintenant des théories bien établies sur le montage, le langage cinématographique, langage qui s’est construit lentement à partir de Méliès et le public aussi a du assimiler cette nouvelle grammaire. Il n’existe pas encore dans le spectacle vivant une telle grammaire de l’image, il faut la penser, l’imaginer, l’expérimenter. Le problème est différent du cinéma car nous devons jouer avec plusieurs images simultanées, de natures différentes et qui se déploient en 3 dimensions réelles. (Je pense au problème dans « Confrontations » des images objectives et subjectives qui se suivaient, comment montrer leur différence de nature, dans le film et en lien avec le jeu de l’acteur).
Dans « Confrontations », le statut des images et des sons est très simple : il s’agit, soit de l’univers extérieur au patient - univers objectif et le patient est alors allongé immobile- soit de l’univers mental du patient –univers subjectif et le patient peut bouger, se mouvoir, courir, danser. Les écrans sont comme les parois de son crâne où se déploie son cinéma intérieur, ou encore sont comme la rétine de ses yeux où vient s’imprimer cette réalité désolante.


> La place du comédien

Elle est centrale comme toujours pour moi ; on vient au théâtre pour voir des comédiens et non pas des dispositifs techniques. La technique peut être très imposante sur un plateau, mais ce qu’on trouvera intéressant, c’est comment le comédien et plus largement l’humain cohabite avec cet environnement, avec toutes ces prothèses qui le prolongent et changent sa vie. Avec les capteurs, le comédien devient le véritable maître d’œuvre de l’image, il devient plus chef d’orchestre encore. Il est indispensable alors que le comédien dans le travail ait eu le temps d’apprivoiser toutes ces techniques, qu’il puisse en jouer comme d’une partition, sans quoi il ne sera qu’un singe savant. La encore, il faut du temps, de l’argent, de l’écoute, de la patience…


> Le workshop

Cette formule du workshop est tout à fait passionnante car elle ouvre un espace de recherche libre, de rencontres possibles, d’expérimentation. Evidemment, la masse de travail était trop importante (une semaine de plus alors, ou seulement 2 projets ?), on a du un peu bétonner pour présenter quelque chose de viable au public même si on ne parlait que de performance. N’empêche ! Dès qu’il y a présentation publique, les choses sont un peu faussées, on délaisse un peu la recherche au bout d’un moment pour « assurer ». (Je connais les mêmes problèmes avec les ateliers en milieu scolaire). Cette masse de travail a aussi empêché une rencontre plus approfondie pour moi avec Franck et Philippe. Point très positif : l’équipement et l’accueil à la Filature sans quoi évidemment rien n’est possible. C’est encore la « grande institution » qui permet cet espace de liberté.
Alors recommencer un workshop de ce type ? Oui sans aucun doute ! En ayant plus de temps (mais problème de budget et d’accueil), en venant avec des points précis à explorer, en essayant de mettre les autres dans son propre projet et en se prêtant à celui des autres, en ménageant des temps de discussion, d’échange…